Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 18:06

Depuis approximativement la chute de l'URSS, on estime être entré dans l'ère de la globalisation. Le monde serait devenu plus petit, les échanges doivent être pensés à un niveau planétaire ainsi que les enjeux stratégiques et géopolitiques. Cette hypothèse fonctionne-t-elle?

 

Afin de dégager quelques éléments de réponse à cette problématique il apparaît en premier lieu nécessaire de savoir ce qu'on entend par monde. Remarquons tout d'abord que le monde dont nous parlons n'est pas le monde physique, le globe terrestre. Il s'agit là d'une remarque évidente car le monde, entendu comme globe terrestre, ne connaît pas d'extension ou de diminution. Ce n'est donc pas de ce monde que nous parlons. Quel monde serait ainsi capable de voir son volume varier? Il s'agit du monde des hommes, c'est-à-dire celui de l'histoire. Cette dernière est porteuse d'une évolution concomitante à celle du monde. Retraçons à très grands traits (nécessairement caricaturaux) l'histoire de l'histoire du monde. 

-Les premiers temps étaient constitués de tribus dont la portée se limitait à l'affrontement avec d'autres tribus. Ici l'extension du monde devait se limiter à une petite région du monde physique. Seulement, ce micro-phénomène, ces micro-mondes étaient présents sur l'ensemble du monde physique, avec cette différence que les frontières entre ces micro-mondes étaient infrachissables. 

-Par tout un jeu de luttes et de conquêtes, les tribus se sont transformées en cités, conquérant par là-même du terrain sur le monde physique. Le monde antique (grec, romain) avait l'extension que l'on connaît. Ces mondes établissaient eux aussi des frontières strictes avec ces hommes étrangers appellés barbares.

-Cette évolution s'est poursuivie par d'autres formes d'associations humaines (empires, Etats, Etats-Nations...) et ce jusqu'à aujourd'hui.

Dégageons les conséquences de ce mouvement historique tracé à gros traits. Il faut d'abord remarquer que, depuis plusieurs milliers d'années, l'homme occupe l'ensemble de ce que nous avons appelé le monde physique. Que s'est-il alors produit pour que nous en venions à croire que le monde a atteint une forme nouvelle, une forme mondialisée? Nous voulons soutenir la thèse selon laquelle ce n'est pas le monde qui a connu une extension de manière exponentielle mais plutôt le concept de monde qui lui, se définit par une capacité évolutive. Dire que le monde est devenu mondialisé, outre l'évidente tautologie est un abus de langage. Qu'est-ce-qui est à l'origine de la transformation du concept de monde ? Selon nous, deux caractéristiques : la diminution de ce que nous conviendrons d'appeler les frontières psychiques (qui sont corrélées à la notion de frontières réelles) et l'espace au sein duquel se jouent les enjeux de pouvoir.

Pour reprendre rapidement notre histoire, il est simple de voir qu'originairement les enjeux de pouvoir se plaçaient entre quelques tribus, le reste du monde physique et humain n'étant que de l'ordre de la légende. Plus tard, les enjeux de pouvoir s'orchestraient entre les cités, le reste du monde étant jugé barbare donc sans humanité réelle. Et l'histoire continue jusqu'à aujourd'hui...

Le point commun de toutes les ères historiques est la présence des enjeux de pouvoir sous forme oligarchique. A toutes les époques, il n'y a toujours eu, au sein de la multiplicité des mondes possibles, que quelques puissances s'affrontant. 

Comment envisager alors le monde actuel à partir de notre analyse? 

Il faut comprendre que les enjeux de pouvoir ont atteint une telle extension qu'ils sont désormais en adéquation avec le monde physique. Il n'y a pas un petit mètre carré du monde physique qui ne soit l'enjeu d'une lutte entre ces grandes tribus que nous appelons Etats. Evénement corrélé à celui-ci, les frontières psychiques qui séparaient les tribus originaires, les cités antiques ... ont disparu (cette disparition est sans doute lié au développement de la démocratie). 

Ainsi ce n'est pas le monde qui aurait soudainement grandi mais le concept de monde, celui-ci ayant pour moteur le pouvoir et la variation des frontières psychiques.

Cela veut-il dire que nous avons perdu les rapports que les tribus, les cités... entretenaient? La réponse est négative. Les haines intestinent à l'égard du voisin (que ce soit le voisin de palier, la ville voisine, la région voisine, le pays voisin...) n'ont pas diminué mais ont été sublimées. Plutôt que de se battre avec son voisin, on essaye d'avoir une plus grande télé que lui, une plus grande voiture... Plutôt que de faire la guerre à la cité voisine, on essaye de conquérir un marché, on essaye d'avoir l'événement culturel qu'ils n'auront pas... La liste serait trop longue de toutes les mesquineries qui montrent que le monde est sensiblement resté le même. Le monde a donc connu une évolution "poupées russes" où chaque passage à la poupée supérieure est une sublimation de la poupée précédente. 

Le monde n'a donc pas bougé, seul le concept de monde a connu une forte expansion. Quelles conséquences tirer de cette analyse?

Si maintenant le concept de monde est plus étendu, il faut que la réalité géopolitique s'adapte au concept. Je pense ici plus particulièrement à l'Europe. L'Europe n'arrive toujours pas a digéré de ne plus être le centre du monde, cela se voit dans ses difficultés à construire l'Union Européenne et les réflexes nationalistes de ces dernières années. Si notre hypothèse est la bonne, à savoir que le concept de monde a atteint l'échelle du monde physique mais qu'en même temps les enjeux de pouvoirs continuent de se jouer suivant le paradigme oligarchique, il devient urgent de construire l'Union Européenne (si le but de l'Europe est de compter dans le monde à venir). Ce monde sera celui des grands ensembles et non pas des entités étatiques qui seront bientôt au nombre des quantités négligeables.

Partager cet article

Repost 0
Published by brouillard-charnel - dans Philosophie
commenter cet article

commentaires