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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 15:38

Une pratique fréquente s'opère sur facebook, souvent chez les plus jeunes adhérents de ce site communautaire. Je pense ici au fait de se prendre en photo soi-même en face d'un miroir. 

Outre le phénomène mimétique, "mon copain ou ma copine a fait ça, c'est trop cool, je vais faire pareil...", qui n'est pas a négliger, il y a sans doute autre chose.

D'où vient cette pratique pour le moins narcissique, et pourquoi est-elle le fait des adolescents?

Je baserai mon analyse sur le travail de Lacan dans son texte Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je telle qu'elle nous est révélée dans l'expérience psychanalytique.

Lacan part de la jubilation de l’enfant face à son image spéculaire qu’il signale « (…) par la mimique illuminative du Aha-Erlebnis (…) ». Le stade du miroir permet de mettre à jour la capacité de l’enfant à faire jouer l’image et le réel. Ce jeu de l’enfant est révélateur d’un dynamisme libidinal et d’une structure ontologique du monde humain. L’enfant éprouve un intérêt extrême dans la contemplation de l’image parce que la relation qu’il entretient avec l’image est une relation d’identification. La relation que l’enfant entretien avec le miroir est affective, quasi charnelle. Le je semble  d’abord être chez Lacan un je symbolique. Ce premier je est envisagé comme « je-idéal » qui se crée sous la forme d’une fiction, fiction qui éprouvera de grandes difficultés à coller au sujet. Le stade du miroir permet de révéler un dédoublement de l’individu entre son moi fictif et son moi réel. La première fois où l’enfant est confronté à la totalité de son corps, il l’est sous la forme d’une image, d’où la création d’un moi fictif. La fonction de la fiction est de compléter l’insuffisance organique humaine, d’établir une relation de l’organisme à sa réalité. Il y a un effet pervers de l’image qui devient l’idéal type de ce que doit être l’individu. Si l’enfant est fasciné par son image, c’est parce que celle-ci se fait normative : elle ordonne ce vers quoi l’enfant doit tendre pour se saisir comme totalité. D’où une situation aliénante entre une image qui n’est pas le réel et une réalité éprouvée du moi sans image. L’image spéculaire devient image « orthopédique », elle est formative. C’est elle qui permet le développement de l’enfant. Toute la difficulté pour lui sera de recoller la fiction et la réalité, d’ôter le caractère orthopédique de l’image et de toucher sa propre réalité. Mais l’individu ne peut rejoindre « qu’asymptotiquement » sa réalité, c’est-à-dire sans jamais y parvenir véritablement. Le stade du miroir permet de dévoiler la fluctuation du je entre un pôle fictif et réel. Le je ne parvient jamais tout à fait à lui-même, il n’acquiert jamais tout à fait la pureté de l’image. L’image devient l’enjeu d’une dialectique entre soi et soi, il y a l’être et la doublure de l’être qui vaut comme seule réalité tangible. C’est en cela que l’image révèle une véritable structure ontologique du monde humain.

Ce stade du miroir dégagé par Lacan n'est pas un stade dépassé une bonne fois pour toute mais une matrice dont les effets se prolongent ou peuvent se prolonger toute l'existence durant. Si la fonction originaire/enfantine du miroir touche à son terme aux alentours de deux trois ans, elle peut trouver une nouvelle modalité d'existence au moment de l'adolescence, une sorte de revisitation nouvelle de cette pratique de l'enfance. Pourquoi à l'adolescence? Parce que période d'une institution nouvelle entre désir d'en finir avec l'enfance et fragilité de la certitude de vouloir entrer dans le monde adulte. 

Cette pratique orthopédique a donc pour ambition, pour la personne se prenant en photo, de se rassurer quant à son existence propre sur un site communautaire, c'est-à-dire un site où il faut être une individualité clairement identifiable par les autres. Pratique d'affirmation de son existence autonome en même temps que pratique normée, les deux se tiennent dans un équilibre instable qui peut toujours basculer dans le silence des masses rationalisées à l'extrême.

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Published by brouillard-charnel - dans Philosophie
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commentaires

paul 06/03/2013 23:52

PS: au fait : rien ne vient de facebook

paul 06/03/2013 23:51

haha, n'importe quoi .

Forcément, en partant avec des bases erronée, le reste est lui même faux.
Non ce phénomène ne vient pas des ados, pas plus que de facebook.

Faux dès le départ -> faux tout le long ...