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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 16:43

Le vingtième siècle a révélé une précarité fondamentale au coeur de la vie en général, de la vie humaine en particulier. Si Prométhée a eu l'obligeance de voler pour nous le feu, il semble que ce vol se soit retourné contre nous. L'ensemble de l'événementialité du siècle dernier a révélé les failles de la toute puissance d'un homme qui pensait pouvoir se rendre "comme maître et possesseur de la nature." Or, c'est tout l'inverse qui s'est produit. L'homme n'est plus maître de son propre ouvrage et, tel le monstre de Frankenstein, les créations huamines ne sont plus contrôlables. A travers son développement, c'est le concept même de vie qui est remis en cause par l'homme en fait (en témoigne les différents génocides du XXe siècle) comme en droit (avec la possible destruction de la vie par le nucléaire). Aujourd'hui, il n'y a guère plus que les drapeaux brésiliens pour défendre le diptyque comtien "Ordre et progrès" et le futur n'est plus vu comme avancée progressive mais comme tentative pour repousser le plus loin possible la mort qui paraît inexorable. On ne vit plus, on survit. Ce qui change fondamentalement avec le XXe siècle, c'est la certitude de la fin de la vie à plus ou moins long terme. La conscience de la mort n'est donc plus simplement personnelle mais anthropologique voire ontologique. Le concept même de mort s'en trouve ainsi modifié, si bien que l'on finit par s'interroger sur la plus ou moins grande vacuité d'un des fondements humains, à savoir ce que Platon résume dans Le Banquet comme recherche de l'immortalité. A force de l'avoir cherché, l'homme s'est paradoxalement rendu de plus en plus mortel. Certes, l'idée d'un fin de l'humanité n'est pas nouvelle et le millénarisme ou les théories de la fin du monde irriguent depuis longtemps les différentes angoisses humaines, mais une différence de nature est apparu depuis un siècle. On sait que, si l'homme ne détruit pas la planète avant, le soleil finira par s'éteindre. La vie a donc depuis peu un compte à rebours et il est certain que, de la mort ou de la vie, c'est le premier principe qui finira par l'emporter. Si phénoménologiquement cela ne change rien, ontologiquement cela change tout.

Quelles conséquences faut-il tirer de tout cela? Il appert la nécessité de repenser le concept de vie en le subsumant sous celui de précarité. Le précaire est au coeur de la vie bien avant les calculs prouvant la fin prochaine du monde. Cette fin prochaine n'est qu'une idée régulatrice de la précarité vitale que l'on retrouve bien en amont dès les premières cellules, voire dès l'origine de la première des cellules. La vie aurait pu ne jamais apparaître et est vouée à disparaître prochainement. Elle est donc précaire en son essence et indéfinie en sa temporalité. Il faut alors repenser la vie à nouveaux frais à partir des données que nous fournit la science. Ceci aura des conséquences non seulement biologiques mais aussi éthiques. Il n'est plus possible de penser le rapport de l'homme à la nature et de l'homme à l'homme sur le modèle de la puissance et de la domination. La précarité doit être au coeur d'un nouveau dispositif de compréhension de la vie comme de l'éthique. La précarité n'est pas synonyme de faiblesse mais condition unique pour dégager une nouvelle force d'institution au sein du vivant. 

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Published by brouillard-charnel - dans Philosophie
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