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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 17:24

Les processus sélectifs d'un candidat postulant à un concours de la fonction publique sont impartiaux, reposent sur un principe d'égalité des chances sans distinction de race, sexe... Voilà l'esprit officiel de la loi.

Pourtant l'égalité du processus sélectif est-elle réelle et par quoi est-elle garantie?

On peut estimer que l'égalité est garantie par l'absence de tout repère concernant l'identité du candidat : impossibilitté d'avoir accès au nom, à l'origine géographique...

Le professeur est donc face à une copie écrite par un robot ou un pur objet et il lui est impossible d'avoir aucun indice sur le type de candidat qu'il est en train de lire : REPUBLIQUE !

Heureusement ou malheureusement, c'est selon, l'absence des données personnelles d'un candidat ne constitue pas l'effacement de son identité. Le corps transpire à-même les mots. L'écriture est un processus corporel trahissant en premier lieu le sexe du candidat : les hommes et les femmes n'écrivent pas de la même manière. Non pas qu'il y ait là l'expression d'une différence de nature entre les sexes, mais bien le résultat d'un apprentissage social différencié (reste à faire l'histoire de l'écriture sous le prisme du genre, si elle n'a pas déjà été faite). L'écriture trahit également l'appartenance sociale, voire l'origine géographique : le clin d'oeil du candidat à son correcteur pour lui signaler que "OUI! Nous sommes bien du même monde, nous avons lu les mêmes livres, vu les mêmes films, nous nous connaissions déjà sans nous connaître... Allons faire l'amour avec les mots et donne moi ce coucours car ainsi tu te retrouveras en moi, je serai ton fils, ton miroir, ta chair!" Séduction la plus sublime sans doute car la plus sublimée, et qu'est-ce-qu'un intellectuel aime de plus que la sublimation?

Tant que le corps sera corps ou tant que le corps se donnera à travers les signes qu'il trace sur le papier, le processus sélectif ne sera jamais impartial. Pour parachever cet inégalitarisme, la sélection aux concours se termine souvent par un oral c'est-à-dire premier rendez-vous amoureux de l'examinateur et du candidat. ça y est ! Il est là ! Il n'était que signes, que traces sur le papier et le voilà tout de chair vêtu ! Alors se met en place une danse des mots entre l'examinateur et le candidat. Les héritiers jouent des mots avec ce naturel déconcertant des enfants pour qui tout semble naturel et les autres bafouillent, accrochent sur les mots, se battent avec une bête qu'ils n'ont jamais bien su maîtriser : double peine !

Mais alors que faire de tout cela? Certes on ne réduira pas à zéro le corps comme style, car c'est sa définition propre, mais il serait peut-être possible de limiter encore un peu plus ses effets par le recours à l'ordinateur pour passer les examens. Ainsi, le processus sélectif deviendrait un peu moins charnel et un peu plus impartial. 

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Published by brouillard-charnel - dans Philosophie
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